Travailler sa voix

 

TRAVAILLER SA VOIX

 

UNE VOIX CORRECTE

Le chant est un phénomène naturel. On est fait pour chanter, comme on est fait pour respirer, pour marcher, pour dormir.

 

MECANISME ELEMENTAIRE DE LA VOIX CHANTEE

La respiration

Le bas des poumons - soufflerie de notre organe vocal - est comprimé par un muscle spécial, le diaphragme, grande membrane qui sépare l'appareil respiratoire des organes digestifs.

 

A la fin de l'inspiration, le muscle du diaphragme - trait noir - est dans sa position la plus basse.
 
A la fin de l'expiration, le muscle du diaphragme - trait noir - est en position haute. En pointillé, sa position la plus basse.

 

L'émission du son

 

Vue du larynx en inspiration. Durant la respiration - inspiration ou expiration - les cordes vocales sont écartées. L'échange d'air peut se faire.

 

Vue du larynx en phonation. L'air sous pression est envoyé par la trachée dans la boîte du larynx. Les deux cordes vocales, semblables à deux petites lèvres horizontales dirigées d'arrière en avant, sont rapprochées et elles sont à même de vibrer.

 

 

 

Dès que l'on veut proférer un son, les cordes vocales se ferment. La pression d'air les force alors à s'ouvrir et les met alors en vibration. La hauteur du son est est fonction de la fréquence de cette vibration. Chez une basse russe qui donne le contre-LA (l'avant-dernier LA du piano) elles s'ouvrent et se ferment 55 fois par seconde. Chez la soprano-coloratur qui chante le contre-FA aigu (l'avant-dernier FA du piano) la fréquence est de 1356 fois par seconde. Voilà les limites de la voix chantée.

La cavité de résonance

Mais, et ceci est très important, si le son n'était pas amplifié au sortir des cordes vocales par le phénomène de la résonance, il n'aurait ni beauté ni puissance. Ce serait le son d'une corde de violon, sans le violon.

 

La cavité de résonance

Représentée en clair, elle est constituée par le larynx, le pharynx, la bouche, les fosses nasales. Ses proportions varient suivant la position et la contraction des organes musculaires qui la délimitent.

La position de la langue et des lèvres jouera un grand rôle dans l'accord de ces cavités suivant le son émis.

Disons d'emblée que cet accord se fait assez mystérieusement, par des réflexes entraînés par l'éducation vocale. Cette éducation se concentre sur une loi générale unique : la souplesse de la musculature. Il faut laisser travailler la nature, ne pas l'entraver par une contraction quelconque.

Voici donc la règle, toute négative : ne pas raidir, ne pas forcer, ne pas crisper, ne pas... C'est ce qu'il y a de plus positif dans l'éducation de la voix.

 

LA PRATIQUE DE LA RESPIRATION

Si on chante debout : on se tient bien droit, tête dégagée des épaules, sans raideurs, dans la position de quelqu'un qui veut annoncer très loin une bonne nouvelle.

Si on chante assis :haut du corps vertical, jambes jamais bloquées contre le bas-ventre, ce qui entraverait la respiration.

Exercice : Inspiration / entracte court durant lequel on pense à sa note / expiration chantée sur une note tenue jusqu'à 20 secondes. Varier les hauteurs de note : MI, FA, SOL, LA, et les phonèmes : mo, no, mé, né.

Au début, contrôler, par la main à plat sur la poitrine que celle-ci ne s'affaisse pas pendant les dernières secondes de la longue tenue.

Il faudra revenir à ces exercices,fréquemment, après avoir mis sa voix en place. Au début, s'attacher surtout au mécanisme de la respiration, sans attacher trop d'importance à la beauté du son.

L'inspiration :

  • on inspire par / le nez (selon certains...) /la bouche (selon d'autres...)
  • pas trop d'air à la fois
  • sans élever les épaules ni la cage thoracique
  • en laissant s'avancer l'abdomen et la poitrine

L'expiration chantée :

  • chanter mo sur une seule note (p.ex. SOL) pendant 5 à 10 secondes
  • pendant ce temps, veiller à maintenir la cage thoracique ouverte
  • contrôler la régularité du débit d'air : suffisant , mais judicieusement économisé
  • main sur l'abdomen, on constate qu'il se rentre petit à petit, alors que la poitrine n'a presque pas bougé : le diaphragme a comprimé les poumons par le bas.

Entre l'inspiration et l'expiration chantée, il y a, dans le chant, un entracte important, un temps d'arrêt qui permet de penser à la notre, sa justesse, sa beauté, son idée, etc. C'est après, et après seulement que l'on passe à l'expiration chantée. Faute d'expérience, combien de notes attaquées faux, et de timbres négligés.

 

LA POSE DE VOIX

Contrôles préalables :

  • Aucune raideur, aucune grimace : ouvrir la bouche, mais sans excès
  • Porter les lèvres en avant, quitte à forcer un peu au début
  • Respirer correctement lors de chaque exercice

Premier travail : la voyelle O (comme dans Oh!) précédée des consonnes m ou n, qui aideront à mettre le son en avant. Le m sera très musclé, sinon le travail sera sans valeur.

  • On a parfois tendance à bouger nerveusement les mâchoires pendant la pose d'un son. A contrôler devant le miroir.
  • On croit ouvrir la bouche correctement, alors que les dents sont à peine desserrées. Pour un a, on doit pouvoir placer aisément deux à trois doigts entre les dents

Contrôle par la sensation :

La voix prend naissance dans le larynx, mais on doit la sentir résonner le plus en avant possible : derrière le nez, sous les yeux, au front, aux lèvres... selon les individus et les sons émis. Mais c'est toujours quelque part en avant, en haut, en surface : dans le masque, dans le jargon du métier.

  • Une sensation de voix au fond de la gorge est la preuve d'une voix mal placée, menaçant la santé du chanteur. Il faut donc impérativement, et avant toute autre chose, chercher la résonance en avant.

C'est pour cela que :

  • les lèvres sont projetées en avant
  • la langue doit venir s'étaler le plus en avant possible

Les exercices avec consonnes labiales : m, n, b, p, d, t, aident à accrocher le son en avant.

Contrôle par l'audition :

Faire la différence entre une voix de gorge et une voix en avant ne suffit pas. Il faut encore contrôler par l'oreille les données indispensables à la beauté et à la solidité de la voix.

  • Voix propre, c'est-à-dire non soufflée : une voix est soufflée ou blanche si un souffle parasite est émis avec la voyelle
  • nasalisation : éviter de chanter du nez
  • voix solide : la voix est stable et sans trou grâce à une respiration correcte et grâce au vibrato
  • voix claire : les voyelles sont bien différenciées (voir "Genèse des voyelles")
  • voix entonnée correctement : pas d'attaque de gorge, pas de glissando

Genèse des voyelles :

Genèse I :

  • on part de la voyelle mère : le a
  • on avance les lèvres : on obtient le ô
  • on les avance à fond : on obtient o

 

 

Genèse II :

  • on part de : a
  • on ferme un peu les mâchoires : è
  • on ferme un peu plus : é
  • on ferme encore : i

C'est l'explication des mauvais ou et des mauvais i. Ces voyelles extrêmes exigent un effort plus complet.

DOUZE CONSEILS

Pour résumer, 12 conseils énumérés de haut en bas, selon leur situation anatomique.

 

 

1. Rides

On n'a aucune raison d'avoir plus de ride quand on chante que quand on dort.

2. Nez

Les voyelles pures a, e, i, o, u, ou, ne doivent pas engager la résonance nasale, au contraire des sons an, en, on, un... Test de nasalité : se pincer le nez en chantant a. Si on chante correctement, il ne doit rien se passer.

3. Lèvres

Avancer les lèvres pour toutes les voyelles. Même le i peut rester pur avec les lèvres en forme de pavillon.

4. Langue

Position idéale : la langue repose allongée, en avant et en bas. Elle frôle l'arrière des dents inférieures.

5. Dents

Les dents sont visibles lors de l'émission des voyelles claires a, e, i, et cachées pour les o et les ou.

6. Voix de gorge

A éviter absolument ! Ne pas garder la voix prisonnière au niveau du larynx. C'est laid et douloureux. Veiller à sortir la voix, à chanter dans le masque.

7. Voix soufflée

Se dit d'une voix dont le son est accompagné d'un souffle plus ou moins audible, blanchissant, voilant et détimbrant l'émission sonore. De plus, la dépense exagérée et inutile du souffle est un handicap.

8. Attaque du son

Attaque "sur le souffle" : on entend le souffle, puis les voyelles (hhha...)
Attaque "de gorge" ou "sur la glotte" : la voyelle est précédée d'une contraction du larynx, d'un coup de glotte, qui se traduit par un choc disgracieux et mauvais pour la voix
Attaque correcte : ni souffle, ni glotte...

9. Vibrato

Ne pas confondre avec trémolo. Une voix en bonne santé doit avoir un vibrato légé. Eviter à tout prix l'excès, malheureusement bien connu chez des voix âgées ou déformées par un mauvais style.

10. Immobilité de la bouche

pendant l'émission d'une même syllabe (du moins en français). En chantant, p. exemple, maison sur deux blanches, éviter de préparer trop vite le z de son, car la voyelle ai le la première syllabe sera progressivement déformée. C'est l'origine de tous les "je t'ai-ï-me" de tous les chants de tous les siècles.

11. Intonation correcte

Ne pas attaquer par le bas ! Remède : plus de concentration et d'écoute avant le chant.

12. Voyelles distinctes

Un SOL est un SOL, un La est un LA. De même, un a est un a, un i est un i... Les ou sont souvent des espèces de ô, et les i sont généralement incorrects : on entend une espèce de é.

Remède : chanter lentement a, é, i, en ouvrant totalement la bouche pour le a, moyennement pour le é, et en la fermant davantage pour le i.

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